dimanche 4 février 2018

Comment  monter les ordinateurs open sources en Afrique et  démocratiser l’accès   à l’outil numérique ?

 L’explosion  du  marché  du numérique en Afrique  n’est plus à démontrer.  Du simple  Smartphone aux ordinateurs portable en passant par les tablettes, le marché africain connais un grand boom. Et quelques applications locaux font parler d’elles : c’est le cas du  Mobile Banking, des  Réseaux Sociaux Africain et des applications tournée vers l’agriculture et même le tourisme.  Mais ce qui est très frustrant  c’est que ce marché profite plus à l’Asie,  à  l’Europe, à l’Inde  et très peu aux Africains.  En d’autres termes les africains ne tirent pas vraiment profit du numérique ou mieux ne profitent pas des dividendes  des technologies de l’information et de la communication. Nous sommes simplement des  consommateurs et non  des acteurs  et producteurs  du numérique. Il est donc question de savoir s’il est possible de monter les ordinateurs  « open source »  en Afrique  afin de  démocratiser  l’accès à l’outil  numérique.  Si  c’est donc possible, comment le faire ? Si non pourquoi ce n’est pas possible…

Le numérique et les télécommunications  nous introduisent dans un monde  de  possibilités et d’opportunités. Le numérique est au centre de plusieurs  controverses  en Afrique et ailleurs. Il semble que les collectivités locales et les politiques ne s’impliquent pas assez sur les questions du numérique. Et  on  est  très étonné que les africains ne tirent pas grand profit de ces innovations technologiques. Et pourquoi ?
Au cœur de cette question fondamentale il y a l’accès au savoir, aux  technologies  et à l’information.  Le  simple manque  d’informations est bien souvent la cause des désastres en Afrique et même de catastrophes. Que ce soit sur le  plan sanitaire,  agricole, touristique et éducationnel.  L’information semble être une denrée très rare en Afrique. Pourtant l’Internet regorge d’innombrables  informations  à disposition de la planète tout entières.  Nous avons là l’épineux problème de la fracture numérique en Afrique. Quant aux savoirs et aux technologies,  la passiveté des africains et spécifiquement de la jeunesse  est  très étonnante. Presque personne ne veut remuer le petit doigt pour oser créer et innover afin d’améliorer ses conditions de vie. Et pourtant nous savons qu’il est possible de nos  jours d’avoir accès à tout le savoir de l’humanité simplement  à partir d’une connexion Internet.   Et ainsi apprendre à faire des choses et à réaliser des projets numériques aussi importants que le montage et la configuration des ordinateurs localement.
L’impact et l’innovation des  solutions open-source n’est plus à démontrer.  Nous  avons découvert  il y a quelques années  les solutions open sources  à base de Raspberry.
Le Raspberry Pi est un nano-Ordianteur  mono-carte à Processeur ARM conçu par  David Braben (créateur de jeux vidéo) dans la cadre de sa Fondation. Ce nano-Ordinateur, gros comme un porte-monnaie est destiné au départ à encourager l’apprentissage  de  la programmation informatique sans avoir de très gros ordinateur.  Il permet l’exécution de plusieurs  systèmes  d’exploitation libre GNU/Linux-Debian  et  d’une grande variété  de logiciels compatible. Mais également avec les solutions open-source, Microsoft Windows :
Windows 10 IoT Core et Android.
Le système Raspberry est fourni nu (carte mère seule, sans boîtier, ni alimentation, ni clavier, ni souris, ni écran).  Et ceci dans l’objectif de  réduire considérablement  les coûts et permettre l’utilisation  de matériel de récupération.  Le prix de ce « bijou » est dérisoire (environ 25.000F CFA)  si on considère toutes ses possibilités.  Les premiers exemplaires ont été mis en ventre en février 2012  et en 2016 on comptait plus de 10 millions de Raspberry Pi vendus à travers le monde.  De multiples versions ont été développées.  Alors la grande innovation de ce système est le niveau de miniaturisation auquel la technologie est arrivée. C’est simplement  extraordinaire parce que petit bijoux vous permet d’avoir un nano-ordinateur cadencé à  1Ghz (1 Giga Herz) et dépasse même certains micro-ordinateur portable.
Le Raspberry est un ordinateur tout fait et il permet de faire ce qu’on fait avec un ordinateur  au bureau, à la maison comme en entreprise.  Il s’inspire du BBC Micro d’Acorn Computer (1981) et est essentiellement destiné à encourager les jeunesses à la programmation. Alors la question serai celle de savoir pourquoi les africains ne tirent-ils pas profit de cette infrastructure miniaturisée  qui permet de  concevoir, de monter et de configurer   un ordinateur qui soit,  non seulement open source, mais aussi et surtout à très faible consommation d’énergie. Ce qui justement est propice pour les zones rurales africaines où l’énergie  électrique est  encore un luxe. On pourrait donc monter des ordinateurs solaires pour l’Afrique.  Précisons ici que le Raspberry consomme à peine 5 W et peut supporter  plusieurs applications.  Les équipes de Linux Friends  (http://sokolo.cronopios.org/wordpressses/wordpress/?p=1742 ) et  de  Cybervillage AFrica ( www.tic-africa.blogspot.com )  ont réalisé plusieurs applications avec ce  nano-Ordinateur :  Du montage  d’un système d’ordinateur complet, en passant par le déploiement d’une bibliothèque numérique, d’un serveur de voix sur IP pour la téléphonie rurale ou la téléphonie d’entreprise et même la conception et la réalisation d’un routeur Wifi. Vous voyez et comprenez pas vous-même qu’il est  bel  et bien possible non seulement  de montrer les ordinateurs à faible consommation d’énergie, mais aussi et surtout de démocratiser l’accès à l’outil informatique en Afrique.

Et sa constitution technique alors ?

Il existe plusieurs modèle de Raspberry. Le  29 février 2016 pour le quartrième anniversaire de la commercialisation du premier modèle, la Fondation Raspberry Pi annonce la sortir du Raspberry Pi 3. Comparé u Pi 2, il est dispose d’un processeur Broadcom BCM2837 64 bit à quartre cœurs ARM Cortex-A53 à 1,2 Ghz d’une puce Wifi 802.11n et Bluetooth 4.1 intégrée. Il possède les mêmes dimensions et connectiques que les anciens modèles. La vitesse d’horloge est 33% plus rapidement que le Pi2, ce qui permet d’avoir un gain d’environ 50-60 % de performance en mode 32 bit. Qu’est ce qu’on ne peut pas faire en Afrique avec ce bijou ???
Le Modèle Zero : L’ordinateur à moins de  5000 FCFA ( cinq mille francs CFA)
Le 26 novembre 2015, la Fondation Raspberry Pi annonce la sortie du Raspberry Pi Zero. Il reprend les spécifications du modèle A/B avec un processeur cadensé à 1 Ghz au lieu de 700 Mhz, il est par contre plus petit, disposant d’une connectique minimale. Son prix inférieur inimaginable et très inférieur par rapport aux modèles précédents : un nano-ordinateur à moins de  5000 FCFA ( cinq mille francs CFA). Le 28 février 2017 le  Raspberry Pi Zero W est sur le marché et maintenant doté de Wi-Fi et de Bluetooth. Ces nouveautés lui permettent de se connecter à Internet directement, et à d’autres appareils et donc d’en multiplier les possibilités. Le Raspberry Pi Zero, lui n’avait pas de connexion Internet et cela pouvait poser problème pour certains projets ( des objets connectés par exemples). Voilà comment la  technologies avancent et les africains choisissent encore de rester en marge de cette révolution numérique qui se construit.
La solution à base de Raspberry permet, vous le voyez de réduire considérablement  le  coût de l’acquisition des ordinateurs. Et ainsi chaque école,  chaque mairie peut désormais ouvrir  et déployer les salles informatiques afin de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’africains qui innovent, qui créent et qui ne se contente pas d’utiliser  le numérique, mais aussi de le penser et d’être des producteurs dans la numérique en Afrique. On est très loin d’imaginer l’effet de l’utilisation d’un ordinateur sur un enfant qui très tôt commence  à utiliser l’outil informatique pour faire ses propres recherches. Le Rwanda  est un cas très particulier où les enfants commencent à utiliser les tablettes à l’école maternelle.  En plus l’open source  C'est-à-dire donc le code source est ouvert offre  plus  de possibilités que les autres systèmes. Et plus encore,  capacité  d’adapter  le système  à son environnement et à son contexte. Avec les étudiants de la Faculté du Génie Industriel de l’Université de Douala au Cameroun,  nous avons pu monter de bout en bout des ordinateurs à partir de Raspberry (https://tic-africa.blogspot.com/2018/02/la-10ieme-edition-de-la-semaine-de.html ). L’expérience était simplement mémorable. Parce que la découverte et l’innovation  était au rendez-vous.
Voilà donc  une solution très pratique et opérationnelle  que l’Afrique peut  mettre en œuvre  pour non seulement monter les ordinateurs localement, mais aussi et surtout pour  démocratiser l’accès à l’outil informatique et spécifiquement  l’accès  à l’ordinateur.
La société civile devrait – en principe-  être mise à contribution afin d’organiser des lobbyings et des  groupes de pressions pour pousser les gouvernements à adopter les solutions open-sources et particulièrement le Raspberry  pour réduire la fracture numérique  en Afrique. Alors qu’est ce que nous attendons pour monter les ordinateurs open-source en Afrique ? Nous avons déjà lancé l’expérience à Limbé, à Bandjoun, à Bangoua et très prochainement à Yaoundé au Cameroun pour non seulement réaliser le transfert de technologie en la matière, mais aussi pour organiser les centres d’apprentissage et de montage des ordinateurs open-sources au Cameroun. Nous pensons que c'est ainsi que nous devons aussi construire numériquement l'Afrique.


L’Equipe Cybervillage ( ticafrica2010@gmail.com